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Hummus_from_The_Nile

Avril 2015

Beyrouth a un statut particulier dans le monde arabe. Prisée par les Occidentaux comme par les Arabes, elle donne facilement l’impression que les cultures se rencontrent et se brassent. Pourtant la segmentation sociale est très marquée, limitant les passerelles entre les différents milieux économiques et culturels. J’ai été serveuse dans un restaurant pour payer mon loyer. Dans l’équipe, j’étais la seule occidentale. Les employeurs ainsi que les onze salariés étaient syriens, les trois personnels de ménage bangladais. Cette expérience m’a amené à toucher du doigt quelques réalités libanaises, qui sont bien éloignées de la carte postale pour touristes.

SUITE…..

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FÉVRIER 2015

Depuis sa création en 1920, le Liban a toujours entretenu des relations étroites et complexes avec la Syrie voisine. En 2011, la révolution populaire syrienne bascule rapidement en guerre, la violence des combats provoque un important mouvement de population civile. Les principaux pays de refuge sont le Liban, la Jordanie et la Turquie. Si, pour certains, cela ne représente qu’une étape avant l’Europe, de fait ils se trouvent en stand-by dans ces pays qui ne sont pas en mesure de les accueillir décemment.

SUITE…..

BboyKonsian

BBoyKonsian se décline en différents pôles:

  • Le webzine (www.bboykonsian.com) dont le but est de promouvoir les scènes Hip-Hop et Reggae underground avec des news, des interviews, un agenda, des sons en écoute, des projets à télécharger gratuitement, des clips, des vidéos lives, des freestyles exclusifs, des documentaires vidéos, des photos, des liens… mais aussi des articles engagés, des brochures militantes…
  • La production de disques et livres.
  • La Webradio: Soul – Hip-Hop – Reggae.
  • L’émission « Frontline » diffusée les 2èmes et 4èmes vendredi de chaque mois de 18H00 à 19H00 sur Fréquence Paris Plurielle.

L’émission Nashara est une sélection d’une heure consacrée au rap arabe. Elle est diffusée sur la webradio BBoyKonsian, il est également possible de retrouver les émissions sur Soundcloud.

 

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El Rass ( ﺍﻟﺭﺍﺲ ) est un rappeur libanais basé sur Hamra, à Beyrouth. L’an dernier, il a sorti un album Adam, Darwin wal batriqآدم، داروين و البطريق ) en collaboration avec Munma. J’ai eu l’occasion de l’interviewer durant le mois de février 2015. Cet échange permet d’esquisser les contours du rap underground arabe. En partant de la question de la musique, il contribue également à effleurer quelques réalités sociales et politiques de la région.

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Interview de Bu Kolthoum

Bu Kolthoum est un producteur et un rappeur originaire de Damas (Syrie). Membre du groupe Latlateh avec le rappeur Watar, qui est à présent à Paris, il a sorti un album solo, Inderal, en novembre 2015. Je l’ai interviewé à Amman (Jordanie) quelques mois avant qu’il obtienne un visa et qu’il puisse venir en Europe. Il est à présent réfugié en Hollande d’où il risque d’être expulsé vers l’Angleterre au titre des Accords de Dublin.

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L’ARRIÈRE-SALLE DE L’ORIENT

Hummus_from_The_Nile

Beyrouth a un statut particulier dans le monde arabe. Prisée par les Occidentaux comme par les Arabes, elle donne facilement l’impression que les cultures se rencontrent et se brassent. Pourtant la segmentation sociale est très marquée, limitant les passerelles entre les différents milieux économiques et culturels. J’ai été serveuse dans un restaurant pour payer mon loyer. Dans l’équipe, j’étais la seule occidentale. Les employeurs ainsi que les onze salariés étaient syriens, les trois personnels de ménage bangladais. Cette expérience m’a amené à toucher du doigt quelques réalités libanaises, qui sont bien éloignées de la carte postale pour touristes.

LA CLASSE À LA FRANÇAISE

J’ai réalisé dès mon premier jour de travail que je représentais une plus-value pour le lieu en tant que française. Précisément je l’ai compris quand mon employeur m’a traîné triomphalement d’une table à l’autre pour exhiber sa « serveuse française ». J’étais son nouveau signe extérieur de réussite. Cette singularité aurait pu être amusante si elle n’était pas le symptôme d’un complexe libanais, à savoir la relation particulière qu’entretient le milieu aisé libanais principalement chrétien avec la France. Les vingt-huit années de mandat français à la chute de l’Empire Ottoman ont laissé des traces. Cela dépasse amplement la nostalgie d’une époque qui aurait été meilleure ou les résidus d’une période révolue qui laisse comme héritage des écoles, une université, un hôpital et une administration kafkaïenne. Il existe un lien certes économique, politique et diplomatique, mais également affectif avec la France. Au-delà de réelles connexions entre les deux pays, il y a le fantasme d’un lien culturel et spirituel. Les chrétiens représentent environ 30 % de la population libanaise et beaucoup se définissent comme une minorité. Il est courant dans les familles chrétiennes libanaises d’échanger en français. Le niveau est aléatoire, mais beaucoup le parle parfaitement. C’est généralement un moyen de se distinguer, de la même manière qu’il est courant d’entendre certains se définir comme phéniciens et non comme arabes.

Jours après jours, j’ai eu le droit aux mêmes questions : « Tu es française !? Mais que fais-tu au Liban ? Pourquoi travailles-tu ici ? ». Tout comme les chauffeurs de taxi ont pour habitude de demander si je travaille dans une ONG ou si je suis journaliste, là je ne peux qu’être étudiante ou en couple avec un libanais. Sinon je n’ai aucune raison de vivre dans ce pays, de travailler dans ce restaurant, alors que je pourrais être en France. Certains concèdent que le Liban est un beau pays, mais rares sont ceux qui comprennent mon désir d’apprendre l’arabe. Cette région n’est que chaos et bêtise, cette langue ne sert à rien. Alors que la France… Cela découle évidemment d’un complexe d’infériorité très présent au Liban. Ce qui donne des discours essentialistes sur ce que serait le fait d’être arabe, synonyme de violence et d’arriération. Ils sont la traduction de l’intériorisation du discours colonialiste : la civilisation serait le produit des sociétés occidentales. En filigrane, il y a aussi les tensions communautaires toujours vivaces au Liban, à diverses intensités, souvent pris dans des discours contradictoires, les uns et les autres vivent côte à côte, mais sans vraiment se comprendre. Cela aboutit parfois à des pratiques scandaleuses, ainsi l’un des serveurs dont le prénom est à connotation musulmane est rebaptisé d’office par un surnom dont la consonance est plus neutre pour un quartier chrétien.

Là où les clients n’ont généralement aucune considération pour le petit personnel, lorsqu’ils découvrent ma nationalité, leur comportement se métamorphose instantanément. Les yeux se remplissent d’étoiles, le ton de voix s’adoucit, les visages deviennent souriants, voire emprunt d’un certain respect. Je ne suis plus une serveuse, je suis française. Pour les clients les plus acariâtres qui se plaisent à malmener mes collègues, ils deviennent miraculeusement calmes quand je prends le relais. Des personnes, qui n’échangeaient qu’en arabe, se mettent instantanément à parler en français quand je me trouve à proximité. Il peut même y avoir une certaine complaisance à montrer aux autres hôtes que telle ou telle personne est en capacité à communiquer avec moi. Certains vieux libanais se montrent paternalistes ; dans leur esprit il est évident que je ne peux être que chrétienne et ils me répètent sans cesse que je peux compter sur la communauté. Ces propos sont certes bienveillants, mais la conscience qu’ils n’auraient jamais existé si j’avais été arabe et/ou voilée les rend beaucoup moins appréciable. De fait, je bénéficie d’un traitement privilégié en tant que française et blanche de surcroît.

LA SYRIE AU BOUT DU FIL

Mon salaire est misérable, mais je perçois une fortune en comparaison de celui de mes camarades. De fait, je touche le même salaire qu’eux, à savoir 400 dollars par mois. Mais, généralement, ils travaillent six jours et demi sur sept, de 7 heures à 22 heures environ, personnellement je travaille 25 heures par semaine. Le nivellement racial étant fortement présent, je ne suis pas sûre que le personnel bangladais touche le même salaire que le personnel syrien. Les réalités sociales sont terriblement éloignées, de mes laborieuses discussions avec les deux femmes qui passent leur journée à laver les plats et la vaisselle à la main, je comprends par exemple qu’elles ont deux emplois. Le boulanger du restaurant a trois emplois dans la même journée. De 6 heures à midi, il travaille dans une boulangerie ; de 12 heures à 22 heures, il travaille au restaurant ; ensuite il prépare la pâte à pain pour une autre boulangerie jusqu’à tard dans la nuit. Les trois plus jeunes salariés, qui ont à peine une vingtaine d’années, vivent dans le restaurant. Ils occupent une petite pièce, en cuisine, avec des lits superposés sans mobilier, ni réelle salle de bain.

L’argent qu’ils perçoivent est le plus souvent envoyé aux familles en Syrie, certains économisent pour tenter de rejoindre un ailleurs. Le boulanger, par exemple, veut partir en Turquie. Mais l’Europe est évidemment dans toutes les têtes. Ils me font souvent la blague de décréter qu’ils vont partir avec moi, le cuisinier me dit que nous allons ouvrir un restaurant syrien ensemble à Paris. Personne ne comprend pourquoi je suis ici, pourquoi je ne reste pas en France.

Des caméras sont installées partout en salle et en cuisine pour contrôler nos faits et gestes, celles-ci sont reliées à un écran géant installé dans le bureau dans lequel le patron trône et surveille. Régulièrement le téléphone blanc sonne, synonyme que l’un de nous va être réprimandé. En plus d’être omniprésent physiquement et virtuellement, il a tendance à être possessif. Lorsque je lui annonce mon départ, il désire me payer le billet d’avion pour s’assurer de mon retour, face à mon refus il ne m’adressera plus la parole. Je ne doute pas du fait qu’il se voit comme un bienfaiteur qui permet à des compatriotes syriens d’éviter une existence plus misérable.

L’ambiance est bon enfant entre nous. Au-delà de la fatigue et de la lassitude, les taquineries fusent facilement. Malgré mes balbutiements en arabe, souvent gratifiés de chaleureuses félicitations, malgré des incompréhensions qui se résolvent par un sourire, malgré des tentatives de discussions qui finissent inexorablement par « ma bifham » (je ne comprends pas), nous trouvons une forme de communication. Mon arrivée a provoqué des regards curieux, les sourires gênés se sont rapidement transformés en grimaces et en fous rires pour transcender la différence de langue. Mais cette ambiance bienveillante se trouve régulièrement assombrie par une nouvelle arrivant de Syrie, parce que la réalité de la guerre n’est jamais très loin.

Accrochés à leur téléphone, il n’est pas rare de croiser ces regards inquiets ou ces discussions à mi-mots. Ainsi le livreur un peu rustre passe sa soirée à envoyer des messages vocaux via un réseau social. Je ne comprends pas ce qu’il raconte, mais il rigole et provoque l’hilarité en cuisine. Mon regard interrogateur le pousse à m’expliquer entre trois mots d’anglais et des onomatopées complétés par de l’arabe, que ces messages sont destinés à sa sœur, restée à Raqqa qui, en ce moment-même, subit les bombardements de l’armée syrienne.

S’ils sont sur le territoire libanais, ce n’est pas sans raison. Tous fuient quelque chose comme me le résume très bien l’un d’eux. Les plus jeunes échappent à l’obligation de servir l’armée syrienne. Ils sont au Liban depuis quatre ans et ils ne peuvent pas retourner dans leur pays au risque d’être enrôlé. Certains me parleront de leurs amis déserteurs, pour eux la Syrie est un territoire impossible tant que le régime actuel restera en place, s’ils reviennent le pire les attend. Le manque des familles qu’ils ont quitté, celui du pays qui ne sera plus jamais le même, cette guerre qui ne fait qu’empirer et qui ne semble jamais finir, baigne les cuisines d’une atmosphère de nostalgie dont les chansons se font l’écho.

La réalité libanaise n’est guère plus joyeuse. La jeune fille embauchée comme serveuse avant mon départ a vingt et un ans. Elle est née au Liban, d’une mère libanaise et d’un père tunisien qu’elle n’a jamais connu. Cette généalogie a pour conséquence de faire d’elle une tunisienne et non une libanaise. Ainsi elle vit perpétuellement avec un statut de résidente sur le territoire libanais, statut qu’elle doit renouveler régulièrement au même titre que n’importe quel étranger. Je comprends alors mieux son empressement à se marier, seul moyen pour elle d’accéder à la nationalité libanaise, quitte à s’enticher de son voisin de quinze ans son aîné.

DÉPARTS

Le lendemain de mon départ, cinq employés ont disparu sans demander leur reste, impossible de savoir s’ils ont trouvé mieux ailleurs, s’ils sont retournés en Syrie ou s’ils ont eu assez d’argent pour tenter le voyage pour l’Europe. Les risques que représentent ce périple semblent moins effrayants que l’horreur de la guerre, le quotidien de réfugié et la difficulté de l’exil. Si je suis repartie en France la mort dans l’âme, j’ai bien conscience que mon passeport me donne un privilège qu’eux n’ont pas. Ce privilège est un héritage du colonialisme, il permet de définir qui peut se déplacer et qui ne le peut pas, quelle vie importe et laquelle non. Les personnes migrantes qui ont péri dans la méditerranée auraient pu être n’importe lequel de mes collègues de travail. Ce pourrait être n’importe lequel de ces syriens que je croise au Liban, qui ont tout perdu avec la guerre et qui m’ont dit vouloir aller en Europe puisqu’il leur est impossible de retourner dans leur pays.

Babelmed

Né en 2001, Babelmed est un media internet indépendant et multilingue (anglais, arabe, français et italien), dont l’objectif est de faire connaître les sociétés méditerranéennes.

Grâce à un réseau d’une quinzaine de journalistes provenant de nombreux pays du pourtour, Babelmed publie toutes sortes d’articles, avec une attention particulière aux contre-cultures et aux formes d’art émergentes. Le site lance également, à intervalle régulier, des cycles d’enquêtes sur les grands thèmes transversaux à la région : jeunes, migrations, genres…

Cette information permet de mieux appréhender les réalités des citoyens méditerranéens, et l’engagement des sociétés civiles, dans un moment de changement radical impulsé par les révolutions arabes.

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Entre urbanisme sauvage et gentrification décomplexée, Beyrouth semble être restée à mi-­chemin entre l’Orient et l’Occident. Mais, à l’instar de ses consœurs arabes, les rues de la capitale libanaise évoluent également au rythme de graffeurs.

http://www.babelmed.net/….

L’Agenda Culturel

L’Agenda Culturel est, depuis son lancement en 1994, la seule publication spécialisée dans la promotion des activités culturelles au Liban et la première en son genre dans le monde arabe. Média de référence, l’Agenda Culturel est un acteur majeur du développement de la vie culturelle et communique l’image d’une société en évolution en répertoriant les activités qui animent la vie culturelle du pays.
‘Le Critère de Griffith’, ode aux femmes

La première représentation de l’installation ‘Le Critère de Griffith’ a eu lieu le jeudi 26 février à Station Beirut. La performance artistique s’étendra jusqu’au samedi 14 mars. Mise en scène par Danielle Labaki, cette pièce réunit Camille Brunel, (auteur, comédienne, metteur en scène), Caroline Hatem, (auteur, comédienne, danseuse) et Zalfa Seurat (cinéaste, comédienne).
Le rap comme phénomène sociétal

Le rap n’est pas un genre musical très répandu au Liban, pourtant cette scène est féconde et elle foisonne d’artistes intéressants. Le hip-hop est certes un mouvement culturel, mais il est aussi un reflet de la société dans laquelle il s’inscrit. Alors qu’est-ce que cette musique nous dit de la société libanaise ?
Assembler les vers et créer des poèmes

‘Leila’s Death’ est la nouvelle performance d’Ali Chahrour, celle-ci mêle sur scène danses, musiques et lamentations. Le danseur et chorégraphe est accompagné par les musiciens Ali Hout (percussion) et Abed Kobeissi (oud), et par Leila, pleureuse. Les représentations ont lieu jusqu’au dimanche 29 mars au théâtre al-Madina.
Lancement réussi du festival Irtijal

La quinzième édition du festival international de musique expérimentale a débuté mercredi 1er avril au théâtre al-Madina. Cette soirée d’ouverture nous proposait la dernière œuvre de Mustafa Said, ‘Autism’, interprétée par l’ensemble Asil. Elle s’est ensuite enchaînée avec ‘La voix est libre’ de Wassim Halal, Erwan Keravec et Mounir Troudi. Elle s’est achevée avec Hans Hassler et Saadet Türköz au Metro al-Madina.
Beyrouth, lieu d’innovation dans le domaine de l’impression 3D

L’impression 3D (trois dimensions) peut encore paraître de l’ordre de la science-fiction pour les néophytes. Pourtant cette technologie est basée sur des principes simples. L’architecte et chercheur Guillaume Crédoz, au sein de sa société Rapidmanufactory, rend même cette question accessible et attractive.

LE LIBAN, FACE À LA GUERRE SYRIENNE

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Depuis sa création en 1920, le Liban a toujours entretenu des relations étroites et complexes avec la Syrie voisine. En 2011, la révolution populaire syrienne bascule rapidement en guerre, la violence des combats provoque un important mouvement de population civile. Les principaux pays de refuge sont le Liban, la Jordanie et la Turquie. Si, pour certains, cela ne représente qu’une étape avant l’Europe, de fait ils se trouvent en stand-by dans ces pays qui ne sont pas en mesure de les accueillir décemment.

LE CONTEXTE LIBANAIS

Le Liban, qui avait maintenu ses frontières avec la Syrie ouvertes malgré la guerre, a décidé de changer sa politique d’accueil à compter du 5 janvier 2015. À présent, les Syriens ont obligation de se faire établir un visa à leur arrivée à la frontière libanaise. Ils doivent ainsi justifier la raison et la durée de leur séjour sur le territoire, mais aussi présenter des garanties financières et d’hébergement. Ces dispositions sont un grand changement dans les rapports entre les deux pays qui ont toujours pratiqué la libre circulation des personnes.

En réalité, les premières restrictions ont débuté en août 2013 lorsque des Palestiniens de Syrie se sont vus refuser l’accès au Liban. En quatre ans, selon l’UNRAW, quelques 60 000 réfugiés palestiniens de Syrie sont venus rejoindre les 450 000 réfugiés palestiniens présents sur le territoire libanais depuis 1948. Déportés lors de la création de l’État d’Israël, ceux-ci attendent la reconnaissance de leur droit au retour en vertu des conventions internationales. De cette situation supposée temporaire résulte l’existence au Liban de douze camps de réfugiés palestiniens. Gérés par les Nations-Unis, les conditions de vie y sont déplorables. De plus, le Liban n’attribue pas de statut légal aux réfugiés palestiniens, ceux-ci n’ont pas accès à un certain nombre de droits dont la pratique de certaines professions ou encore l’accession à la propriété.

De cette historicité, émaillée de graves tensions communautaires, vient donc s’ajouter l’arrivée d’environ 1,5 million de réfugiés syriens depuis 2011. Le Liban possède à présent la plus forte concentration au monde de réfugiés par habitant, à savoir un tiers de sa population. Les deux principales régions d’accueil sont le nord et l’est du pays, ainsi que Beyrouth. Dans certaines villes, telles que Kab Elias, ils représentent les deux tiers de la population. Officiellement il n’existe pas de camps pour les réfugiés syriens, mais des campements ont commencé à s’implanter. Certains bénéficient de l’hébergement par un parent ou un proche, d’autres louent ou s’entassent dans des chambres souvent à un prix exorbitant. Cet afflux massif n’a pas été sans conséquence sur un pays dont la situation économique et politique était déjà peu favorable. Les pénuries d’électricité et d’eau, l’inflation du prix des loyers et la concurrence pour l’emploi, ainsi que le manque d’accès à l’éducation et à la santé, ont été aggravés. Pour pallier à la frustration, les libanais les plus précaires sont désormais intégrés dans les programmes d’aides aux réfugiés syriens.

DES CONSÉQUENCES MULTIPLES POUR LES RÉFUGIÉS

De nombreux affrontements inter-communautaires ont explosé depuis 2011, principalement à Tripoli. Des combats se déroulent fréquemment entre des combattants jihadistes et, d’une part l’armée libanaise, d’autre part les troupes du Hezbollah, pour la plupart dans la région de la Bekaa. De plus, quelques attentats ont eu lieu. Ces événements ont conduit à la cristallisation de rancœurs vis-à-vis des réfugiés syriens. L’enlèvement de vingt-cinq militaires libanais en août 2014, puis l’exécution de quatre d’entre eux, a intensifié les représailles que subissent les Syriens. Les agressions de la part de particuliers sont fréquentes et peuvent être très violentes. Les ONG déplorent également les exactions brutales et arbitraires de l’armée libanaise à l’encontre des réfugiés syriens. En effet, celle-ci a mené des actions militaires dans certains camps sous prétexte d’infiltrations de membres armés parmi les civils.

Autre type de punition collective, Human rights watch décompte quarante-cinq municipalités qui imposent un couvre-feu aux réfugiés syriens. C’est généralement la police municipale qui les fait appliquer, mais des groupes locaux d’autodéfense se sont constitués dans certaines villes et patrouillent dans le but de faire respecter, par tous les moyens, ce traitement différencié. Sous couvert de sécurité, ces mesures renforcent surtout la discrimination envers les Syriens, ainsi que les tensions inter-communautaires. Il faut aussi souligner le caractère illégal de ces restrictions, tant d’un point de vue national qu’international. Récemment une vaste compagne de contrôle des travailleurs syriens a également été lancée sur Beyrouth. Lors de ces contrôles d’identité sur les lieux de travail, certains sont arrêtés, d’autres ont leurs papiers d’identité confisqués avec obligation de se présenter à la Direction Générale de le Sûreté Générale. En l’absence de statut légal ou en cas de non-conformité des autorisations, les Syriens risquent l’emprisonnement pour présence illégale sur le territoire libanais et, bien évidement, le renvoi vers la Syrie. Cela ne fait qu’accroître le sentiment d’insécurité des réfugiés, qui craignent l’expulsion.

Il est également possible d’observer la présence de nombreux enfants des rues, à Beyrouth notamment. Ils sont présents aux feux rouges ou devant les très nombreux bars de la capitale fréquentés par un tout autre type d’étrangers, les expatriés. Ils vendent des chewing-gum, des mouchoirs, des fleurs, etc. ou encore cirent les chaussures. Âgés généralement de dix à quatorze ans et souvent livrés à eux-mêmes, ce sont des cibles particulièrement vulnérables aux abus physiques et sexuels. Le travail des enfants est interdit au Liban, pourtant l’Organisation Internationale du Travail estime entre 180 000 et 300 000 le nombre d’enfants travaillant pour de maigres salaires, 70 % d’entre eux seraient syriens.

DES RESPONSABILITÉS À REPENSER

Les ONG étrangères, toujours promptes à distribuer les bons et les mauvais points, pointent les dysfonctionnements et les délaissements des autorités libanaises dans un contexte où le pays fonctionne sans présidence depuis un an. Celles-ci ne sont pourtant pas les seules à devoir être blâmées. En effet, les aides internationales ont été drastiquement réduites, l’agenda politique redéfinissant continuellement les urgences humanitaires. Ainsi le Programme Alimentaire Mondiale a dû suspendre son aide alimentaire en décembre dernier faute de fonds suffisants, des ONG n’ont pas pu renouveler certaines de leurs interventions sur le terrain et une partie des aides promises par les pays donateurs n’ont pas été versées.

Dans le même temps, les ambassades occidentales distribuent les visas au compte-goutte. Au-delà des demandes délirantes de papiers administratifs que les réfugiés ne sont pas en mesure de fournir, ces administrations appliquent une politique de restrictions. À l’heure actuelle, seulement 4 % des réfugiés syriens sont accueillis en Europe, très majoritairement en Allemagne et en Suède. La France est d’ailleurs peu exemplaire sur la question avec une aide humanitaire de 45 millions d’euros (en comparaison, l’Angleterre a versé 644 millions) et l’attribution de 3 780 asiles (l’Allemagne a accordé 49 830 asiles). Le pays semble plus prompt à s’engager militairement dans la coalition menée par les États-Unis contre l’autoproclamé État Islamique qu’à se montrer solidaire vis-à-vis des populations civiles. Alors, les Syriens qui le peuvent chercheront des moyens d’atteindre l’Europe de manière illégale à condition de survivre à ce nouveau périple.